Anatomie d'un produit structuré
Un produit structuré combine généralement deux éléments : une composante obligataire (souvent une obligation zéro-coupon) et une composante dérivée (une ou plusieurs options), assemblées par une banque émettrice pour créer un profil de risque/rendement sur mesure.
Point capital pour le conseil : le produit n'est qu'une créance sur l'émetteur. Quelle que soit la qualité du sous-jacent, la valeur du produit dépend aussi de la solvabilité de la banque qui l'a émis — c'est le risque émetteur (ou risque de contrepartie). La faillite de Lehman Brothers en 2008 reste le cas d'école : des investisseurs suisses détenant des produits structurés parfaitement construits sur des sous-jacents solides ont perdu une grande partie de leur capital, non pas à cause du marché, mais parce que l'émetteur lui-même a fait faillite.
Une réponse à ce risque existe sur le marché suisse : les produits COSI (Collateral Secured Instruments), garantis par un nantissement en faveur de SIX Swiss Exchange, qui protège l'investisseur en cas d'insolvabilité de l'émetteur.
Les 4 catégories SSPA
La Swiss Structured Products Association (SSPA) classe les produits structurés en 4 grandes catégories, selon le degré de protection du capital et le profil de participation :
| Catégorie | Protection du capital | Participation à la hausse | Exposition à la baisse | |---|---|---|---| | Protection du capital | Oui (souvent 90–100 % de la valeur nominale) | Limitée | Protégée par construction | | Optimisation du rendement | Non | Plafonnée (coupon fixe) | Totale une fois la barrière franchie | | Participation | Non | Illimitée | Illimitée (perte totale possible) | | Levier | Non | Démultipliée | Démultipliée, avec ou sans barrière knock-out |
Un point de vigilance : « protection du capital » se réfère à la valeur nominale, pas nécessairement au prix payé à l'achat — un produit acheté au-dessus du nominal reste exposé à une perte même à 100 % de protection.
Un Barrier Reverse Convertible (BRC) sur l'action XYZ : cours de départ (strike) CHF 100, barrière à 70 % (CHF 70), coupon garanti 8 %, durée 1 an, nominal CHF 1'000 (soit 10 actions au strike).
Scénario favorable — la barrière n'est jamais touchée pendant la durée de vie du produit : remboursement à 100 % du nominal + coupon. 1'000 + (8 % × 1'000) = CHF 1'080
Scénario défavorable — le cours descend sous CHF 70 à un moment donné (barrière touchée), puis termine à CHF 75 à l'échéance : l'investisseur reçoit la livraison des 10 actions à leur valeur finale, plus le coupon (généralement dû même si la barrière a été touchée). (10 × 75) + 80 = 750 + 80 = CHF 830
Soit une perte de CHF 170 par rapport au capital investi, malgré le coupon touché. C'est le profil typique d'un produit d'optimisation du rendement : le gain est plafonné au coupon, mais la perte, une fois la barrière franchie, n'est pas limitée.
LSFin : les tests de protection du client
La LSFin (Loi sur les services financiers), en vigueur depuis 2020, classe les clients en trois catégories — privés, professionnels, institutionnels — avec un niveau de protection décroissant. Un client privé bénéficie par défaut de la protection maximale.
Deux tests s'appliquent selon le type de service fourni, et c'est une distinction fréquemment testée à l'examen :
- Test du caractère approprié (appropriateness) : pour une exécution simple ou un conseil ponctuel sans vue d'ensemble du portefeuille. Le conseiller vérifie que le client a les connaissances et l'expérience nécessaires pour comprendre le produit — sans regarder sa situation financière globale.
- Test de l'adéquation (suitability) : pour un conseil en placement portant sur l'ensemble du portefeuille ou un mandat de gestion. En plus des connaissances et de l'expérience, il faut vérifier que le produit correspond aux objectifs de placement, à la situation financière et à la capacité de risque du client.
Avant la conclusion, le client doit recevoir une feuille d'information de base (FIB / KID) pour tout produit structuré, et le conseil donné doit être documenté.
Un client, sans jamais avoir eu de contact conseil global avec sa banque, appelle pour acheter ponctuellement un produit à effet de levier via l'e-banking (exécution simple, sans conseil).
→ Seul le test du caractère approprié s'applique : la banque doit vérifier ses connaissances et son expérience avec ce type de produit. Si le test échoue, elle doit l'en avertir — mais peut, selon les cas, exécuter quand même l'ordre si le client persiste, la responsabilité de la décision lui revenant alors explicitement.
À toi de jouer
Un produit rembourse au minimum 95 % de la valeur nominale à l'échéance, quel que soit le sous-jacent, mais la participation à la hausse est plafonnée à 12 %. À quelle catégorie SSPA appartient-il ?
Protection du capital. Le remboursement minimum garanti (95 % du nominal) est la caractéristique définissant cette catégorie — même si la participation à la hausse reste limitée, ce qui est habituel pour ce type de produit (la protection se finance en partie par ce plafonnement).
Même BRC que l'exemple (strike CHF 100, barrière 70 %, coupon 8 %, nominal CHF 1'000), mais cette fois le cours final est de CHF 55 après avoir touché la barrière. Calcule le montant total reçu par l'investisseur.
Valeur des actions livrées : 10 × 55 = CHF 550 Coupon : CHF 80
Total = 550 + 80 = CHF 630
Soit une perte de CHF 370 par rapport aux CHF 1'000 investis — le coupon atténue la perte mais ne la compense pas, une fois la barrière franchie.
Un client confie un mandat de gestion discrétionnaire à sa banque, qui décide seule des placements sur l'ensemble de son portefeuille selon un profil convenu. Quel test s'applique, et pourquoi celui-ci plutôt que l'autre ?
Le test de l'adéquation. Dès lors que le conseil (ou la gestion) porte sur l'ensemble du portefeuille et engage une recommandation ou une décision de placement, la banque doit vérifier non seulement les connaissances et l'expérience du client, mais aussi que la stratégie correspond à ses objectifs, sa situation financière et sa capacité de risque — un niveau de vérification plus complet que le simple test du caractère approprié.
Un client te dit : « Ce produit est protégé à 100 % du capital et le sous-jacent est l'indice SMI — je ne peux rien perdre. » Que lui réponds-tu ?
La protection à 100 % porte sur la valeur nominale du produit, pas sur le risque de l'émetteur. Si la banque qui a émis le produit devenait insolvable, le client pourrait perdre tout ou partie de son capital malgré la protection contractuelle — exactement ce qui s'est produit pour des détenteurs de produits structurés émis par Lehman Brothers en 2008. La qualité du sous-jacent (ici le SMI) ne dit rien de la solvabilité de l'émetteur : ce sont deux risques distincts à évaluer séparément. Les produits COSI, garantis par nantissement, répondent spécifiquement à ce risque.
Ce qu'il faut retenir
- Un produit structuré = composante obligataire + composante dérivée, mais reste avant tout une créance sur l'émetteur — le risque émetteur existe indépendamment de la qualité du sous-jacent.
- Les 4 catégories SSPA (protection du capital, optimisation du rendement, participation, levier) se distinguent par le degré de protection du capital et le profil de participation.
- Un produit d'optimisation du rendement (comme le BRC) plafonne le gain au coupon, mais expose à une perte illimitée une fois la barrière franchie.
- LSFin : test du caractère approprié pour l'exécution simple ou le conseil ponctuel (connaissances/expérience) ; test de l'adéquation pour le conseil global ou la gestion de fortune (+ objectifs, situation financière, capacité de risque).