Patrimoine

Leçon 6 sur 7 · 55 min

Allocation d'actifs, diversification et crédit lombard

Capacité vs tolérance au risque, l'écart-type comme mesure de volatilité, l'effet réel de la diversification, et le fonctionnement du crédit lombard jusqu'à l'appel de marge.

Capacité de risque et tolérance au risque

Théorie

Établir un profil d'investisseur, ce n'est pas seulement demander au client "quel risque voulez-vous prendre ?" — il faut distinguer deux dimensions souvent confondues :

  • La tolérance au risque : la disposition psychologique du client à accepter des fluctuations de son portefeuille, indépendamment de sa situation réelle.
  • La capacité de risque : sa capacité financière objective à supporter des pertes, compte tenu de son horizon de placement, de ses besoins de liquidité à venir et de sa situation patrimoniale globale.

Un client peut se sentir prêt à prendre des risques (tolérance élevée) tout en ayant une capacité de risque faible — par exemple s'il aura besoin de la majeure partie de son capital dans 18 mois pour un achat immobilier. Dans ce cas, c'est la dimension la plus restrictive des deux qui doit prévaloir dans l'allocation recommandée — exactement l'esprit du test d'adéquation LSFin vu dans la leçon précédente.

Mesurer le risque : l'écart-type

Théorie

L'écart-type des rendements est la mesure de référence de la volatilité d'un placement : plus il est élevé, plus les rendements observés s'écartent de leur moyenne d'une année à l'autre.

Ce qui rend la diversification efficace n'est pas seulement de détenir plusieurs actifs, mais de combiner des actifs dont les rendements ne varient pas exactement de la même façon au même moment (corrélation imparfaite). L'écart-type d'un portefeuille bien diversifié est alors inférieur à la moyenne pondérée des écarts-types de ses composantes prises isolément.

Exemple — L'effet réel de la diversification, chiffré

Rendements annuels sur 4 ans :

| Année | Actions | Obligations | Portefeuille 50/50 | |---|---|---|---| | 1 | +18 % | +2 % | +10.0 % | | 2 | −10 % | +4 % | −3.0 % | | 3 | +22 % | +1 % | +11.5 % | | 4 | −6 % | +3 % | −1.5 % |

  • Écart-type des actions seules : 14.14 %
  • Écart-type des obligations seules : 1.12 %
  • Moyenne pondérée des deux écarts-types (50/50) : 7.63 % — ce que l'on obtiendrait s'il n'y avait aucun effet de diversification
  • Écart-type réel du portefeuille 50/50 : 6.54 %

Le portefeuille combiné est moins volatil que la simple moyenne pondérée de ses composantes — c'est la preuve chiffrée que la diversification réduit le risque au-delà de ce qu'un simple mélange proportionnel laisserait supposer, précisément parce que les obligations ont mieux résisté les années où les actions ont chuté.

Le crédit lombard

Théorie

Le crédit lombard est un prêt garanti par le nantissement du portefeuille de titres du client, qui lui permet d'investir davantage (effet de levier) sans vendre ses positions existantes — utile par exemple pour saisir une opportunité sans déclencher d'impôt sur un gain en capital latent, ou pour financer un besoin ponctuel de liquidités.

La banque définit une quotité de nantissement (loan-to-value) par type d'actif, reflétant sa liquidité et sa volatilité : plus l'actif est sûr et liquide, plus la quotité est élevée. Une obligation d'État de qualité pourra être nantie à 80–90 %, une action blue chip à 50–70 %, un produit structuré volatil beaucoup moins, voire pas du tout.

Si la valeur du portefeuille chute, la valeur de nantissement diminue avec elle — et si l'emprunt en cours dépasse cette nouvelle limite, la banque déclenche un appel de marge : le client doit apporter des liquidités, des titres supplémentaires, ou rembourser une partie du crédit, sous peine de liquidation forcée d'une partie du portefeuille par la banque.

Formule

Valeur de nantissement = Σ (Valeur de chaque position × Quotité de nantissement)

Exemple — Calcul de la valeur de nantissement et appel de marge

Portefeuille de CHF 500'000 : CHF 300'000 d'obligations (quotité 80 %) et CHF 200'000 d'actions (quotité 60 %).

Valeur de nantissement = (300'000 × 80 %) + (200'000 × 60 %) = 240'000 + 120'000 = CHF 360'000 — c'est le montant maximal empruntable en crédit lombard.

Le client emprunte le maximum. Les marchés actions chutent de 30 % : nouvelle valeur des actions = 200'000 × 0.70 = CHF 140'000

Nouvelle valeur de nantissement = (300'000 × 80 %) + (140'000 × 60 %) = 240'000 + 84'000 = CHF 324'000

L'emprunt (CHF 360'000) dépasse désormais la nouvelle valeur de nantissement (CHF 324'000) : appel de marge de CHF 36'000 — le client doit combler cet écart rapidement, faute de quoi la banque liquidera une partie du portefeuille pour se rembourser.

À toi de jouer

Exercice — Capacité vs tolérance au risque

Un client de 68 ans, à la retraite, te dit qu'il "adore le risque" et veut investir 90 % de son épargne — qui représente l'essentiel de ses revenus futurs — en actions technologiques. Comment réagis-tu ?

Sa tolérance au risque est élevée (il s'en dit à l'aise), mais sa capacité de risque objective est faible : à la retraite, sans revenu professionnel de remplacement, une baisse marquée des marchés compromettrait directement son niveau de vie, sans horizon de temps suffisant pour "attendre" une remontée. Le conseiller doit documenter cette discordance et recommander une allocation nettement plus prudente que ce que le client demande spontanément — c'est la dimension la plus restrictive (ici la capacité) qui doit primer.

Exercice — Valeur de nantissement

Portefeuille de CHF 800'000 : CHF 500'000 d'obligations (quotité 85 %) et CHF 300'000 d'actions (quotité 55 %). Calcule la valeur de nantissement maximale.

Valeur de nantissement = (500'000 × 85 %) + (300'000 × 55 %) = 425'000 + 165'000 = CHF 590'000

Exercice — Appel de marge

Même portefeuille que l'exercice précédent, crédit lombard utilisé au maximum (CHF 590'000). Les actions perdent 40 % de leur valeur, les obligations restent stables. Y a-t-il un appel de marge, et si oui, de quel montant ?

Nouvelle valeur des actions = 300'000 × 0.60 = CHF 180'000

Nouvelle valeur de nantissement = (500'000 × 85 %) + (180'000 × 55 %) = 425'000 + 99'000 = CHF 524'000

L'emprunt (CHF 590'000) dépasse la nouvelle valeur de nantissement (CHF 524'000) : appel de marge de 590'000 − 524'000 = CHF 66'000

Exercice — Pourquoi diversifier plutôt que choisir le meilleur actif ?

Un client te dit : « Pourquoi diversifier ? Autant tout mettre sur la classe d'actifs qui va le mieux performer. » Que lui réponds-tu ?

Le problème est qu'on ne connaît jamais à l'avance quelle classe d'actifs va le mieux performer — la diversification ne vise pas à deviner le gagnant, mais à réduire la volatilité globale du portefeuille en combinant des actifs qui ne réagissent pas de la même façon aux mêmes événements. Comme le montre l'exemple chiffré (écart-type du portefeuille combiné inférieur à la moyenne pondérée des écarts-types individuels), la diversification apporte un bénéfice réel et mesurable, même sans savoir à l'avance quel actif fera le mieux.

Ce qu'il faut retenir

  • Tolérance (psychologique) et capacité (financière objective) de risque sont deux dimensions distinctes — la plus restrictive des deux doit primer dans l'allocation recommandée.
  • L'écart-type mesure la volatilité ; un portefeuille diversifié affiche un écart-type inférieur à la moyenne pondérée de ses composantes, grâce à une corrélation imparfaite entre elles.
  • Le crédit lombard permet d'emprunter contre nantissement du portefeuille — mais la valeur de nantissement varie avec les marchés, exposant à un appel de marge en cas de baisse.