Le cadre légal suisse
En Suisse, les placements collectifs sont régis par la LPCC (Loi sur les placements collectifs de capitaux), sous la surveillance de la FINMA. Un placement collectif suisse doit obtenir l'autorisation de la FINMA avant d'être proposé à des investisseurs non qualifiés.
Plusieurs formes juridiques coexistent :
- Fonds contractuel : la forme la plus répandue pour le grand public. Relation triangulaire entre les investisseurs, la direction de fonds (qui gère la stratégie) et la banque dépositaire (qui garde les actifs et contrôle la conformité — un vrai garde-fou indépendant).
- SICAV (société d'investissement à capital variable) et SICAF (à capital fixe) : structures de société, plus proches du monde anglo- saxon.
- SCmPC (société en commandite de placements collectifs) : réservée aux placements alternatifs (private equity notamment).
- L-QIF (Limited Qualified Investor Fund), introduit en droit suisse en 2021 : réservé aux investisseurs qualifiés, il échappe à l'autorisation et à la surveillance de la FINMA — ce qui accélère fortement son lancement, en contrepartie d'un accès restreint.
La valeur nette d'inventaire (VNI)
La VNI est la valeur d'une part de fonds à un instant donné. Pour un fonds traditionnel, elle n'est calculée qu'une fois par jour (à la différence d'une action ou d'un ETF, négociable en continu en bourse).
Le prix payé à la souscription (prix d'émission) inclut souvent une commission d'émission ; le prix perçu au rachat (prix de rachat) peut lui aussi être diminué d'une commission de rachat, selon le règlement du fonds.
VNI = (Actifs du fonds − Engagements du fonds) / Nombre de parts en circulation
Un fonds détient CHF 245'000'000 d'actifs nets, pour 2'000'000 de parts en circulation.
VNI = 245'000'000 / 2'000'000 = CHF 122.50
Avec une commission d'émission de 0.5 % : prix de souscription = 122.50 × 1.005 = CHF 123.11
Avec une commission de rachat de 0.25 % : prix de rachat = 122.50 × 0.9975 = CHF 122.19
Le TER : le seul facteur garanti
Le TER (Total Expense Ratio) regroupe les frais récurrents prélevés chaque année sur la fortune du fonds — gestion, administration, garde — mais pas nécessairement les coûts de transaction ni les éventuelles commissions de performance.
Le point essentiel à retenir pour le conseil : la performance future d'un fonds est incertaine, mais son TER, lui, est connu et s'applique chaque année, qu'il y ait performance ou non. Sur la durée, l'écart de frais entre deux fonds a un effet cumulatif souvent sous-estimé par les clients.
CHF 50'000 investis, en supposant — uniquement pour isoler l'effet des frais — une performance brute identique de 5 % par an dans les deux cas :
- Fonds actif, TER 1.80 % → rendement net 3.20 %/an Valeur après 10 ans = 50'000 × 1.032¹⁰ ≈ CHF 68'512
- Fonds indiciel, TER 0.25 % → rendement net 4.75 %/an Valeur après 10 ans = 50'000 × 1.0475¹⁰ ≈ CHF 79'526
Écart : environ CHF 11'000 sur 10 ans, uniquement dû à la différence de frais — à performance brute strictement égale. En pratique, les performances brutes de deux fonds ne sont jamais identiques ; l'exemple isole volontairement cet unique facteur pour en montrer le poids.
Gestion active vs gestion indicielle
Un fonds à gestion active cherche à surperformer un indice de référence grâce aux choix du gérant — ce qui justifie un TER plus élevé. Un fonds indiciel (dont les ETF) réplique un indice le plus fidèlement possible, pour un TER nettement plus bas.
Un ETF se distingue d'un fonds indiciel classique par sa cotation : il se négocie en continu en bourse, comme une action, à un prix de marché qui peut légèrement s'écarter de sa VNI théorique (écart appelé prime ou décote). La réplication peut être physique (le fonds détient réellement les titres de l'indice) ou synthétique (via un contrat d'échange/swap avec une contrepartie) — la réplication synthétique introduit un risque de contrepartie supplémentaire à mentionner au client.
Fonds durables et fonds alternatifs
Les fonds durables (ESG) intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance selon différentes approches : exclusion (secteurs bannis), best-in-class (sélection des meilleurs élèves par secteur), ou intégration ESG dans l'analyse financière classique.
Les fonds alternatifs (private equity, hedge funds, matières premières) sont souvent structurés en SCmPC ou en L-QIF, réservés aux investisseurs qualifiés, avec une liquidité plus restreinte (rachats limités à certaines fenêtres, parfois avec délai de préavis) en échange d'un potentiel de rendement différent.
À toi de jouer
Un fonds détient CHF 88'000'000 d'actifs nets pour 800'000 parts en circulation. Calcule la VNI, puis le prix de souscription avec une commission d'émission de 1 %.
VNI = 88'000'000 / 800'000 = CHF 110.00
Prix de souscription = 110.00 × 1.01 = CHF 111.10
CHF 30'000 investis sur 20 ans, performance brute supposée identique de 6 %/an. Fonds A : TER 1.5 % (rendement net 4.5 %). Fonds B : TER 0.20 % (rendement net 5.8 %). Calcule la valeur finale de chaque fonds et l'écart.
Fonds A : 30'000 × 1.045²⁰ ≈ CHF 72'351 Fonds B : 30'000 × 1.058²⁰ ≈ CHF 92'648
Écart ≈ CHF 20'296 sur 20 ans — l'effet des frais s'amplifie avec la durée de détention, exactement comme des intérêts composés négatifs.
Un client te demande : « Pourquoi paierais-je plus cher pour un fonds actif, alors que l'indiciel coûte moins et suit quand même le marché ? » Que lui réponds-tu ?
Le TER plus bas d'un fonds indiciel est certain, alors que la surperformance espérée d'un fonds actif ne l'est pas — c'est le compromis central. Un gérant actif peut viser à limiter les pertes dans un marché baissier, cibler des segments non couverts par l'indice, ou répondre à des convictions spécifiques du client, mais ces avantages potentiels doivent être mis en balance avec un TER structurellement plus élevé qui pèse chaque année, qu'il y ait surperformance ou non. La réponse dépend du profil et des attentes du client, pas d'une supériorité absolue d'une approche sur l'autre.
Un promoteur souhaite lancer rapidement un fonds de private equity réservé à des investisseurs fortunés et institutionnels, sans passer par la procédure d'autorisation FINMA. Quelle structure lui proposes-tu, et à quelle condition ?
Un L-QIF (Limited Qualified Investor Fund) : il échappe à l'autorisation et à la surveillance de la FINMA, ce qui accélère son lancement — mais à la condition stricte d'être réservé exclusivement à des investisseurs qualifiés, et d'être administré par un établissement lui-même agréé et contrôlé par la FINMA (par exemple une direction de fonds).
Ce qu'il faut retenir
- Le fonds contractuel reste la forme la plus courante pour le grand public en Suisse, avec la banque dépositaire comme garde-fou indépendant de la direction de fonds.
- La VNI se calcule une fois par jour pour un fonds classique ; un ETF, lui, se négocie en continu en bourse.
- Le TER est le seul facteur de performance connu à l'avance — son effet se compose sur la durée, comme des intérêts composés négatifs.
- La réplication d'un ETF peut être physique ou synthétique — la synthétique ajoute un risque de contrepartie à mentionner au client.
- Le L-QIF permet un lancement rapide sans autorisation FINMA, mais uniquement pour des investisseurs qualifiés.