La conjoncture : le cycle court terme, pas la croissance long terme
La conjoncture désigne l'évolution économique à court terme d'un pays — les fluctuations dans l'utilisation des facteurs de production (travail, capital) — à ne pas confondre avec la croissance structurelle, qui décrit l'évolution de la prospérité sur le long terme. Un pays peut connaître une bonne conjoncture ponctuelle tout en ayant un potentiel de croissance structurel faible, et inversement.
Le potentiel de croissance à long terme dépend de facteurs structurels : un niveau d'éducation élevé, une politique migratoire ouverte, un marché des capitaux développé et la stabilité politique le favorisent ; une quote-part de l'État élevée (poids des dépenses publiques dans l'économie) tend à le freiner.
L'impact de la conjoncture sur les classes d'actifs
Lorsque la conjoncture s'améliore, ce ne sont pas toutes les classes d'actifs qui en profitent également : ce sont typiquement les actions et l'immobilier qui se réévaluent à la hausse, portés par de meilleures perspectives de bénéfices des entreprises et une demande locative/immobilière plus forte — pas les liquidités, dont le rendement ne dépend pas directement du cycle conjoncturel.
Les mécanismes de l'inflation
L'inflation se déclenche typiquement lorsque la demande globale augmente plus vite que l'offre disponible dans l'économie. Ses effets négatifs sont concrets pour l'épargnant : l'argent perd du pouvoir d'achat, et une même somme permet d'acheter moins de marchandises au fil du temps.
Pour se protéger contre l'inflation sur le long terme, deux classes d'actifs se distinguent : les actions et l'immobilier — deux actifs réels dont la valeur tend à suivre la hausse générale des prix. Les liquidités et les obligations à taux fixe classiques, elles, n'offrent aucune protection structurelle contre l'érosion du pouvoir d'achat.
Taux d'intérêt : transmission à l'économie et aux marchés
Une hausse des taux d'intérêt a un effet globalement négatif sur la conjoncture à court terme : elle tend à faire baisser les prix des actions et de l'immobilier (le coût du crédit augmente, les flux futurs actualisés valent moins), tout en profitant aux banques, qui peuvent élargir leur marge d'intérêt entre ce qu'elles paient sur les dépôts et ce qu'elles perçoivent sur les crédits.
Face à une menace de récession, la banque centrale dispose de deux leviers classiques : baisser ses taux directeurs, ou étendre la masse monétaire — les deux visant à stimuler le crédit, la consommation et l'investissement.
À l'inverse, une baisse des taux tend à revaloriser l'immobilier (le crédit devient plus accessible, la demande solvable augmente).
Taux négatifs et politique de change
La Banque nationale suisse a instauré des taux d'intérêt négatifs notamment pour affaiblir le franc suisse, une monnaie structurellement recherchée comme valeur refuge. Un taux négatif stimule en principe la consommation et l'investissement (l'argent "dort" à perte s'il reste inactif), mais pénalise directement les épargnants, dont les avoirs sur compte ne rapportent plus rien, voire génèrent un coût. Les banques, de leur côté, ne peuvent pas toujours répercuter intégralement ces taux négatifs sur leurs clients particuliers, sous peine de les voir migrer vers d'autres établissements ou vers les espèces.
Une monnaie forte pénalise structurellement l'économie d'exportation (les produits deviennent plus chers à l'étranger) — c'est aussi pour cette raison que les autorités monétaires d'une petite économie ouverte comme la Suisse surveillent de près le niveau du franc.
Souveraineté monétaire et balance des paiements
Un excédent durable de la balance des paiements courants est généralement le signe d'une économie nationale compétitive et solide (elle exporte structurellement plus qu'elle n'importe).
Point de théorie économique utile pour situer la Suisse : les petits pays dotés de leur propre monnaie et fortement intégrés à l'économie internationale ne peuvent, dans les faits, mener une politique monétaire totalement indépendante — les taux et le cours de change restent sensibles aux grandes zones monétaires voisines. À l'inverse, un pays sans monnaie propre (membre d'une union monétaire) ne dispose plus que de la politique fiscale comme levier national, ayant abandonné le contrôle direct de sa politique monétaire.
Le risque de change dans un portefeuille
Tout placement libellé dans une monnaie différente de la monnaie de référence du portefeuille comporte un risque de change, indépendant de la performance propre du placement : même si les cours sous-jacents restent parfaitement stables, une dépréciation de la devise étrangère face à la monnaie de référence se traduit par une perte en monnaie locale.
Un investisseur suisse détient CHF 49'500 (valeur au cours actuel) investis dans un fonds d'actions en EUR, soit EUR 45'000 de position, alors que le cours EUR/CHF est de 1.10.
Le cours de l'EUR passe de 1.10 à 1.00 face au CHF — les cours des actions sous-jacentes, eux, restent parfaitement inchangés en EUR.
Valeur en CHF avant : EUR 45'000 × 1.10 = CHF 49'500 Valeur en CHF après : EUR 45'000 × 1.00 = CHF 45'000
Perte purement liée au change : CHF 4'500, soit environ -9.1 % de la position — sans que la performance du fonds lui-même, en EUR, n'ait bougé d'un centime.
À toi de jouer
La conjoncture s'améliore nettement dans un pays. Parmi les liquidités, les obligations, les actions et l'immobilier, lesquelles bénéficient typiquement le plus directement de cette amélioration, et pourquoi ?
Les actions et l'immobilier. Une meilleure conjoncture porte les bénéfices attendus des entreprises (favorable aux actions) et la demande locative/immobilière (favorable à l'immobilier). Les liquidités ne réagissent pas directement au cycle conjoncturel, et les obligations à taux fixe existantes ont plutôt tendance à souffrir si l'amélioration conjoncturelle s'accompagne d'une remontée des taux d'intérêt.
Une récession menace. Quels leviers la banque centrale peut-elle actionner, et quel est l'objectif recherché ?
Elle peut baisser ses taux directeurs et/ou étendre la masse monétaire. L'objectif commun est de rendre le crédit moins coûteux et plus disponible, pour stimuler la consommation et l'investissement et ainsi contrer le ralentissement économique qui menace.
Un investisseur suisse détient CHF 33'000 investis dans un fonds obligataire en USD, au cours USD/CHF de 0.92. Le cours de l'USD passe à 0.85, les cours obligataires sous-jacents restant stables en USD. Calcule la position en USD initiale et la perte en CHF liée uniquement au change.
Position en USD = 33'000 / 0.92 = USD 35'870 (arrondi)
Valeur en CHF après = 35'870 × 0.85 = CHF 30'490
Perte liée au change = 33'000 − 30'490 = CHF 2'510, soit environ -7.6 %, indépendamment de toute variation des cours obligataires eux-mêmes.
Évalue ces affirmations : (a) une hausse des taux d'intérêt profite en général aux banques via leur marge d'intérêt ; (b) une hausse des taux d'intérêt a généralement un effet positif sur la conjoncture à court terme ; (c) une baisse des taux directeurs tend à revaloriser l'immobilier.
(a) Vrai — les banques peuvent élargir l'écart entre le taux payé sur les dépôts et celui perçu sur les crédits.
(b) Faux — une hausse des taux freine généralement la conjoncture à court terme, en renchérissant le crédit et en pesant sur la consommation et l'investissement.
(c) Vrai — un crédit moins cher soutient la demande solvable et tend à revaloriser les prix immobiliers.
Ce qu'il faut retenir
- Conjoncture (court terme) ≠ croissance structurelle (long terme) — deux notions distinctes à ne pas confondre.
- Une amélioration conjoncturelle profite surtout aux actions et à l'immobilier ; l'inflation s'en protège avec les mêmes classes d'actifs sur le long terme.
- Une hausse des taux freine la conjoncture et pèse sur actions et immobilier, tout en profitant à la marge d'intérêt des banques ; une baisse produit l'effet inverse.
- Les taux négatifs suisses visent notamment à affaiblir le franc — au prix d'une pénalisation directe des épargnants.
- Tout placement en devise étrangère comporte un risque de change totalement indépendant de la performance du placement lui-même.